Sans beauté, je déprime. Je me retrouve au fond des abîmes. Un jour j’ai tout perdu : ma santé, mes capacités, mes ami.es, ma maison, mon métier, mes rêves. La beauté m’a sauvée : chaque jour, trouver une chose belle. Je dis bien trouver, car je l’ai souvent cherchée. Pendant longtemps, elle fit partie des rares éclaircies de mes journées. Depuis le soleil a repris sa place. Moi, j’en ai trouvé une nouvelle avec les arts visuels. Ma quête de beauté quant à elle, s’est enracinée pour former le socle de ma démarche. Je ne prétends pas définir ce qu’elle est. Comme l’a écrit Margaret Wolfe Hungerford, la beauté est dans l’œil de celui qui regarde. Mon souhait est de partager celle qui me séduit, me réjouit, m’étonne ou me réconforte. En ces temps troublés, je crois que la beauté est un phare qui nous aidera à les traverser. Cette recherche m’a amené à m’intéresser à la transformation qui s’opère quand divers éléments se rencontrent. Par exemple, le chevauchement de deux couleurs qui en créent une troisième ou l’effet du temps sur une fleur. À mon sens, cela révèle combien les interactions influencent notre perception.
Ma pratique artistique s’ancre dans le réel, se plaçant en opposition avec les dimensions impalpables des nouvelles réalités virtuelles. Travailler de mes mains contribue à cet arrimage. Aussi, me laissant happée par la beauté, je collecte ce qui sort de l’ordinaire dans l’ordinaire de mes journées. Les plantes et les photos que je récolte forment un journal de mes parcours. Une odeur, les émotions qui m’habitaient, le froid mordant de cette journée sont pour moi autant d’éléments associés à ces représentations d’un instant. Les empreintes, ces témoins du passé, m’interpellent. Depuis toujours, je m’interroge sur ce qu’elles racontent. Où j’ai grandi, tout a une histoire : la maison, les meubles, même les arbres. Mon travail s'inscrit dans la continuité de cette mémoire.
La plupart des techniques que j’emploie s'articulent autour du principe de l'empreinte. La photographie et l’estampe en sont les principales. Si la plupart de mes photos existent en tant que telles, d’autres sont réinterprétées en images vectorielles, que je grave au laser sur du bois. Une partie de ces gravures deviennent des œuvres, d’autres des matrices d’impression. J’emploie également des plantes pour réaliser mes estampes. De la broderie, des perforations ou des plis s’invitent sur plusieurs de mes créations ; j’aime l’accent qu’ils mettent sur la matérialité de l’œuvre.
La manipulation de grands objets étant devenue difficile, je produis surtout des petits formats. Cet aspect est également lié à mes valeurs environnementales. Je me préoccupe de la quantité et de l’impact du matériel que je consomme. Mes plaques d’impression sont biodégradables ou réutilisables. J’utilise des encres à base d’huile, hydrosoluble et non toxiques. Et, j’ai choisi le cyanotype plutôt que l’argentique. Ainsi, bien que je sois attirée par la géométrie des formes, cet amour que je porte à la nature en fait mon principal sujet.
Without beauty, I fall into depression. I find myself at the bottom of the abyss. One day I lost everything: my health, my abilities, my friends, my home, my job, my dreams. Beauty saved me: every day, finding one beautiful thing. I say finding, because I often had to search for it. For a long time, it was one of the rare bright spots in my days. Since then, the sun has taken its place again. As for me, I have found a new one with the visual arts. My quest for beauty, meanwhile, has taken root to form the foundation of my approach. I do not claim to define what it is. As Margaret Wolfe Hungerford wrote, beauty is in the eye of the beholder. My wish is to share what captivates, delights, amazes, or comforts me. In these troubled times, I believe that beauty is a lighthouse that will help us navigate through them. This search has led me to take an interest in the transformation that takes place when various elements meet. For example, the overlap of two colors that creates a third, or the effect of time on a flower. To my mind, this reveals how much interactions influence our perception.
My artistic practice is anchored in reality, placing itself in opposition to the intangible dimensions of new virtual realities. Working with my hands contributes to this grounding. Thus, allowing myself to be swept away by beauty, I collect what stands out from the ordinary in the everydayness of my days. The plants and photos I gather form a journal of my journeys. A scent, the emotions that inhabited me, the biting cold of that day are all elements associated for me with these representations of a moment. Imprints, those witnesses of the past, speak to me. Ever since I can remember, I have wondered about what they tell. Where I grew up, everything has a story: the house, the furniture, even the trees. My work is part of the continuity of this memory.
Most of the techniques I use revolve around the principle of the imprint. Photography and printmaking are the main ones. While most of my photos exist as such, others are reinterpreted into vector images, which I laser-engrave on wood. Some of these engravings become works of art, others printing plates. I also use plants to create my prints. Embroidery, perforations, or folds find their way into several of my creations ; I love the emphasis they place on the materiality of the artwork.
Since handling large objects has become difficult, I mostly produce small formats. This aspect is also linked to my environmental values. I care about the quantity and impact of the materials I consume. My printing plates are biodegradable or reusable. I use oil-based, water-soluble, and non-toxic inks. And I chose cyanotype over traditional silver photography. Thus, although I am drawn to the geometry of forms, this love I bear for nature makes it my main subject.